Mercredi 21 juin 2006
Qu’est-ce que la culture populaire ?
Entre le langage et le réel (choses et pratiques sociales), il faut un intermédiaire. Certes, la tentation de l'intermédiaire est toujours suspecte de facilité et d'illusion. Mais il ne s'agit pas ici de construire une méthodologie de la médiation, il s'agit plus simplement de constater que les mécanismes sociaux offrent à l'observation des intermédiaires entre les cadres de la pensée et les réels bruts. C'est ce que nous proposons d'appeler culture populaire, qui est un ensemble de pratiques médiatrices. Ces pratiques consistent à fabriquer du réel second, sorte de décalque épuré du réel brut. La culture populaire présente le réel sous des modalités qui occultent certaines déterminations et en soulignent d'autres, de façon à donner un tableau cohérent selon une détermination privilégiée.
La culture “ donne à voir ” le réel selon des cohérences pensables : ces cohérences sont de l'ordre du sentiment, de l'ambition, de la fatalité... (roman), de la moralité (satires), de la couleur et du volume (arts plastiques), du mouvement (danse), de la gaîté pure (fêtes), etc.
Le réel devient alors identifiable, car il se présente en linéarités causales visibles car exhibées dans la culture.
Que la culture soit la médiation entre le réel et la pensée pose un problème : celui de l'efficacité de ce “donner à voir ”. Pourquoi là où le voir (réel) échoue, le “ donner a voir ” (culture) réussit‑il ? Le secret de cette efficacité, on doit le chercher du côté du plaisir.
Ce plaisir, qui enracine la culture dans le collectif et lui donne sa force, nous le nommerons plaisir social, afin de l'opposer au plaisir érotique : quels que soient les éléments érotiques qu'on pourra trouver dans la littérature, la peinture, le sport, etc., le plaisir qui loge la culture dans la pensée est d'une autre nature. Il est social.
On appelle communément plaisir la réalisation (effective ou fictive) d'un désir, c'est‑à‑dire le dénouement rapide d'une tension. Disons que la culture montre des contradictions d'une société comme si elles étaient résolues, elle donne à penser et à voir un monde enchanté qui ne révèle ses douleurs qu'au moment de les apaiser. (...)
Le spectacle n'est pas micro‑politis, il est micro‑utopie, société qui goûte la détente d'une victoire sans combat.
Sur le sport, Yves Vargas, P.U.F., coll. Philosophies, 1992.